Blog écrit par Walid Abdelbari

     Responsable de l'Exploration, Acc Lab PNUD Algérie



Des soldats Sud-Coréen entrain de désinfecter les rues de Séoul Créateur : JUNG YEON-JE | Crédits : AFP

La crise sanitaire mondiale en cours due au COVID-19, en plus de ces effets néfastes sur la santé des populations, et de par les mesures de prévention et de lutte prises pour endiguer la progression de la pandémie, a impacté près de 161 pays et territoires, aux plans social et économique, changeant les habitudes de centaines de millions de personnes, causant la perte de millions d'emplois et faisant chuter les taux de croissances économiques des pays affectés.

Tandis que la majorité des pays dans le monde éprouvait toutes les difficultés à endiguer les vagues successives de contaminations, deux des pays les plus touchés, la Chine et la Corée du Sud, ont été salués par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la presse internationale pour l'efficacité de leurs réponses respectives, en réussissant à garder des taux d'infections relativement bas par rapport aux moyennes mondiales.

Au 11 janvier 2021, sur 90,7 millions d'infections dans le monde, la Chine foyer mondial de la pandémie, comptait 87 536 infections pour 4636 décès tandis que la Corée du Sud comptait 69 114 infections pour 1140 décès. L'Algérie, avec une population d'une taille plus réduite, a enregistré 102 144 cas confirmés et 2807 décès au 11 janvier 2021, soit des chiffres de contaminations plus élevés que ces deux pays qui ont ont pu maintenir la progression du virus et la mortalité à des taux de niveau relativement bas par rapport à d’autres pays fortement touchés, notamment dans les Amériques et en Europe .

Quels ont été les axes autour desquels se sont articulées les réponses chinoises et sud-coréenne à la pandémie et que peut-on apprendre de ces expériences ?

1. Test

Chine: les autorités de santé publique ont établi des points de contrôle pour mesurer la température dans tout le pays, y compris sur les routes. Les cas suspects sont dirigés vers des cliniques spécialisées où un dépistage approfondi est effectué (y compris des enquêtes sur les voyages récents et un scanner des poumons). Des tests géniques sont effectués avec des résultats disponibles en 04 heures, pendant lesquelles les patients restent à la clinique. Un kit de test rapide COVID-19 avec des résultats disponibles en 30 minutes, développé par une équipe de recherche de l'Université de Xiamen, a largement été utilisé en Chine pour les cas cliniques, les cas suspects et le dépistage des groupes à haut risque de la population. Les kits sont également utilisés dans plus de 50 pays et territoires, dont le Japon, la Thaïlande, le Brunei, l'Égypte, le Pérou et les Émirats arabes unis.

Corée du Sud: 10 000 tests par jour sont effectués dans le cadre d'un dispositif de diagnostic développé localement, fournissant des résultats en 06 heures à travers un réseau de santé de 633 sites de test dans tout le pays, y compris des cliniques itinérantes pour les automobilistes, soutenus par 118 laboratoires. Le test prend environ 10 minutes et les résultats sont communiqués soit par SMS si négatif, soit par téléphone si positif, dans la journée.

2. Mesures de prévention et de contrôle et engagement citoyen

Chine: les autorités chinoises ont mis en place des structures décentralisées identiques pour gérer l'épidémie avec une réponse calibrée aux niveaux national, provincial, préfectoral, et locaux. Dès qu'une zone infectée est établie, les écoles, les théâtres et les restaurants sont fermés. Dans la région de Wuhan, quinze millions de personnes non contaminées ont été confinées chez elles. Cette structure gère également l'engagement citoyen soutenu par le gouvernement en organisant la fourniture aux citoyens des biens de premières nécessité telles que de la nourriture et de l’équipement médical. Les autorités chinoises peuvent également mobiliser un grand nombre de fonctionnaires de proximité rattachés à la sécurité publique et aux comités de quartiers pour mettre en œuvre le dispositif de quarantaine et contrôler les déplacements sur un vaste territoire.

Corée du Sud: la campagne de tests et de dépistage à grande échelle en Corée du Sud a rendu inutile le recours à des confinements massifs. Cependant, les patients testés, même négatifs, sont invités à se mettre en quarantaine pendant 15 jours pendant lesquels les autorités locales fournissent des fournitures médicales et alimentaires en plus d'une aide financière pour ceux qui ne peuvent pas travailler. Des agents de suivi employés par la mairie locale appellent les personnes en quarantaine deux fois par jour pour leur demander de prendre leur température et de faire attention à tout symptôme suspect.

3. Communication publique et surveillance numérique

Chine: dès la confirmation des premiers cas de COVID-19 à Wuhan, les autorités centrales ont encadré la communication publique autour de l'épidémie en évitant la propagation de la désinformation. De plus, une série d'applications numériques collectent des informations personnelles sur la santé des citoyens pour surveiller la propagation de la maladie tandis que d'autres applications alertent les citoyens de leur proximité avec des patients infectés ou s'ils ont été en contact étroit avec eux.

Corée du Sud: les citoyens reçoivent une mise à jour sur l'épidémie deux fois par jour de la part des responsables de la santé publique. Les autorités ont également eu recours à la surveillance numérique en alertant les citoyens des cas d’infection à proximité via SMS ou en chargeant des développeurs d'applications de concevoir des applications de suivi GPS pour surveiller et avertir les personnes qui rompent leur quarantaine. Les autorités de santé publique utilisent également des images de vidéosurveillance, des données de carte de crédit et de téléphone portable pour indiquer où se trouve chaque patient confirmé.

Quelles enseignements l'Algérie peut-elle tirer des expériences chinoises et sud-coréennes?

La Chine et la Corée du Sud ont capitalisé sur leurs expériences d'épidémies précédentes, à savoir le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003 et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers) de 2015, pour renforcer leurs capacités de réponse à ce type de crise. Peu de pays dans le monde dispose d’une telle expérience et en comparaison à la Chine et à la Corée du Sud, des pays comme l’Algérie ne jouissent pas des mêmes capacités d’intervention et d’organisation. Cependant quels enseignements peut-on tirer de ces deux expériences?

Tests: Au début de la crise, les tests COVID-19 étaient principalement effectués dans les hôpitaux en priorité sur les personnes présentant des symptômes suspects, où des échantillons sont prélevés et envoyés à l'Institut Pasteur d'Alger, ou ses antennes régionales à Oran (Ouest) , Constantine (Est), Ouargla et Tamanrasset (Sud) pour l'analyse épidémiologique suivant la technique de RT-PCR. A partir du 02 juillet 2021, les laboratoires privés disposent des moyens nécessaires ont été autorisés à faire les tests PCR. Cela a porté le dispositif national à environ 30 laboratoires effectuant plus de 2500 tests par jour .Sur la massification des tests, les tests mobiles comme en Corée du Sud pourrait-être une solution à expérimenter dans certains centres urbains fortement peuplés mais cela nécessite de disposer d'un nombre suffisant de tests

Mesures de prévention et de contrôle: Les autorités ont pris des mesures drastiques pour contenir la propagation de la maladie en fermant les frontières aériennes, terrestres et maritimes, en suspendant les manifestations culturelles et publiques et en fermant les installations publiques (écoles, universités, etc.) pour assurer une certaine distanciation physique entre les individus. Le dispositif de confinement est modulable selon les taux d’infection par Wilaya et a été allégé au courant de l’été 2020 pour être renforcé en 2020 suite au deuxième pic de contaminations dépassant les 1000 cas par jour. Une cellule de surveillance permanente a été mise en place au niveau gouvernemental en plus des cellules de crise intersectorielles dans les wilayas touchées pour renforcer les mesures de prévention et d'endiguement contre la propagation de la maladie. Que ce soit en Algérie ou dans d’autres pays, les comportements individuels et de groupe quant à la non-observation des mesures de prévention sont souvent mis en cause pour expliquer l’augmentation des nouveaux cas d’infection à la COVID-19. Des causes objectifs liées aux conditions d’habitat ou au revenu des franges les plus vulnérables de la population, pourraient également constituer des obstacles à l’observation de certaines mesures de prévention comme l’achat de masques de protection ou la distanciation physique. Les autorités sanitaires algériennes effectuent des enquêtes épidémiologiques dans les wilayas enregistrant les taux d’infection les plus élevés. Le gouvernement estime que près de 30% des transmissions de COVID-19 au cours des derniers mois s’effectuent à l’occasion d’évènements donnant lieu à des rassemblements familiaux mais déconseillés par les autorités.

Communication publique et surveillance digitale : Le nombre de cas confirmés est communiqué par les autorités sanitaires sur la base des informations fournies par l'Institut Pasteur. Dans le cadre de son plan de préparation et de réponse à la menace de l'infection Coronavirus COVID-19, les autorités ont mis en œuvre une série de mesures destinées à l'information et la sensibilisation de la population telles que des conférences de presse régulières pour informer les citoyens de la situation sanitaire en matière d'infection à la Covid-19; la réalisation d’affiche et de dépliants sur les conseils aux voyageurs; la mise en place d'un numéro vert (3030) et d'un site internet contenant un ensemble de ressources pour informer le public sur le virus: http://covid19.sante.gov.dz/fr/accueil/. Les médias audiovisuels (télévision et radio) publics et privés diffusent quotidiennement, y compris aux heures de grande écoute, des spots et messages de santé publique pour la sensibilisation du public aux gestes de prévention liés à la COVID-19. Ces messages de sensibilisation sont en revanche beaucoup moins présents sur internet.

Il y a également eu quelques tentatives de mobiliser l’écosystème de l’innovation pour le développement de solutions numériques, y compris pour le traçage des cas, mais ces expériences n’ont pas été concluantes, d’autant plus que cette forme de surveillance numérique pourrait-être jugée intrusive dans la vie privée. Par ailleurs, outre le cadre légal que les autorités s’attellent à adapter, ainsi que les limites des systèmes financiers (paiement en ligne) et informatiques (hébergement de plateformes), l'écosystème de l'innovation doit être soutenu par des moyens financiers et techniques pour pouvoir pour atteindre une taille critique qui lui permettrait de générer une innovation significative.

 

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