Le Ministre de la Transition Energétique et de l'Énergie, Profresseur Chems-Eddine Chitour lors de sa présentation.

Auteur: Walid Abdelbari, Responsable de l'Exploration, Accelerator Lab. PNUD Algérie 

Pour leur première édition en Algérie, les UNDP Innovation Days, ou Journées de l’Innovation du PNUD, ont été consacrées à la transition énergétique et aux énergies renouvelables, avec l’organisation, en partenariat avec le Ministère de la Transition énergétique et des énergies renouvelables, d’une conférence intitulée « Innovation Days 2021 : vers une transition énergétique innovante et durable » qui s’est tenue les 11 et 12 avril 2021, au Centre International des Conférences d’Alger. La conférence a été rehaussée par la présence de plusieurs membres du Gouvernement ainsi que de représentants du corps diplomatique et d’agences onusiennes.

Au-delà des aspects habituels d’une conférence, ou de la thématique de la transition énergétique, dont l’intérêt environnemental, économique et social n’est plus à démontrer, il est intéressant de s’attarder sur la manière dont la notion d’intelligence collective a été déployée, aussi bien dans l’identification de la transition énergétique comme une priorité de premier ordre pour le bureau du PNUD en Algérie que dans la formulation des recommandations de la Conférence pour l’accélération de la transition énergétique en Algérie.

L’intelligence collective peut-être définie comme la prise en compte d’expériences et de points de vue émanant d’un éventail diversifié de parties prenantes combiné au recueil de données à partir de sources variées (humaines, technologiques), conventionnelles et non-conventionnelles.

Comment cette thématique de la transition énergétique et des énergies renouvelables est-elle devenue une priorité pour le PNUD en Algérie ?

Le rôle des signaux émergents

En aout août 2020, au titre de sa fonction d’exploration, l’Accelerator Lab a mené deux exercices distincts dits de détection des signaux émergents avec les deux portefeuilles du bureau du PNUD en Algérie (Nature, Climat, Énergie puis Gouvernance) qui ont porté sur les domaines environnemental, social, économique, politique et technologique.

Un signal émergent est un indicateur d'un problème ou d’une opportunité témoignant d’un changement potentiel pouvant devenir une tendance à l'avenir. Il s’agit de détecter ces signaux dans le présent et de prévoir leurs conséquences pour ainsi se préparer aux changements potentiels à venir.

Dans ces exercices d’intelligence collective par excellence conçu par Kal Joffres, Conseiller en Innovation stratégique auprès du PNUD, la détection des signaux émergents consiste en particulier à identifier les signaux et tendances émergents, à estimer leur priorité pour les pouvoirs publics rapporté à leur impact potentiel ou visible, identifier leurs implications directes et indirectes en termes d’opportunités et de risques, identifier les types de données à exploiter pour mieux comprendre ces signaux et identifier les interventions programmatiques/de politiques publiques potentielles pour s’y préparer.
L’idéal dans ce genre d’exercice est de pouvoir bénéficier d’éclairages de la part d’une diversité d’acteurs qui soient au fait des derniers développements dans les domaines abordés. Les participants des exercices menés avec les deux portefeuilles du bureau du PNUD en Algérie, essentiellement des collègues des projets mais aussi de l’expertise externe, étant pour la plupart issus de la société civile en Algérie, sont familiers des réalités du terrain.

Lors de l’exercice avec le portefeuille Nature, Climat, Énergie consacré à l’environnement, parmi la foule des signaux relevés par les participants, l’un d’eux en particulier a suscité l’enthousiasme de par son potentiel à être une thématique porteuse et nouvelle pour le PNUD en Algérie : la transition énergétique.

En effet, les participants à l’exercice ont considéré que la création d'un secteur ministériel dédié à la transition énergétique et d'un Haut-commissariat aux énergies renouvelables, constituaient à eux seuls des signaux forts et des marques palpables de la volonté du Gouvernement algérien d’accélérer la transition énergétique du pays. Les participants ont aussi estimé qu’en plus d’être une nécessité environnementale, la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables constituent également un important levier de développement économique et social à travers le développement de filières créatrices de richesse et d’emplois, contribuant ainsi à l’atteinte de plusieurs Objectifs du Développement Durable (ODD).

Que faire des signaux émergents ?

Le processus standard de programmation du PNUD débute généralement par une analyse d’experts sur la situation du développement du pays, dont la périodicité peut coïncider avec l’analyse commune de pays coordonnée par le Bureau du Coordonnateur Résident. Cette analyse nourrira une réflexion en interne avec la section du programme du PNUD devant déboucher sur un document de programme de pays (communément appelé CPD pour Country Programme Document) qui déclinera, en consultation avec les partenaires nationaux, les domaines sur lesquels le PNUD fournira un appui au Gouvernement.

La détection des signaux émergents permet quant à elle de s’adapter plus rapidement à un changement de contexte, et d’avoir plus de flexibilité dans la formulation d’une offre de soutien au Gouvernement. Ces exercices, lorsque bien mis à profit, peuvent aussi déboucher sur la recherche et l’expérimentation de solutions, en prélude à une approche plus stratégique, dans le cadre du CPD par exemple.

Dans le cas d’espèce, le signal de la création d’un secteur ministériel dédié à la transition énergétique s’est traduit par la conceptualisation d’une conférence sur la transition énergétique et les énergies renouvelables avec comme objectif de rassembler une diversité d'acteurs (Gouvernement, agences nationales spécialisées, secteurs public et privé, monde académique, société civile, écosystème d'innovation) pour formuler des recommandations d'actions concrètes pour accélérer le développement de ce domaine en se concentrant sur le cadre réglementaire, le financement, la formation, la recherche et l'innovation. Le but étant aussi pour le bureau de pays de pouvoir offrir un échange d'expériences internationales tout en identifiant les sentiers possibles de coopération aux niveaux stratégique et opérationnel avec la partie nationale sur une problématique de développement prioritaire.

L’intelligence collective au service de la transition énergétique

La transition énergétique et l’investissement dans les énergies renouvelables sont en effet une priorité de premier ordre pour le Gouvernement algérien, de par leur potentiel de créer des opportunités importantes pour un modèle énergétique et une diversification économique plus écologique. D’ailleurs, avec des gisements riches et diversifiés (solaire, éolien, biomasse, géothermie), une vision et des instruments de planification précis, chiffrés et ambitieux (programme national des énergies nouvelles et renouvelables, Livre blanc sur les changements climatiques) ainsi qu’une ressource humaine abondante, jeune et bien formée dans la multitude de centres et écoles nationaux spécialisés dans les énergies renouvelables, l'Algérie a le potentiel de devenir un acteur majeur dans le marché mondial des énergies renouvelables.

La conférence du 11 et 12 avril sur la transition énergétique et les énergies renouvelables a été l’occasion d’aborder les accomplissements de ce secteur en Algérie, l’expérience du PNUD dans d’autres pays mais aussi de mesurer tout le chemin qu’il reste à accomplir et proposer des pistes de réflexion et d’amélioration.

En effet, les partenaires du Ministère de la Transition Energétique et des Energies Renouvelables ont effectué deux présentations, l’une par le Ministre lui-même, le Profresseur Chems-Eddine Chitour, sur les contours de la feuille de route du secteur et ses perspectives en Algérie et l’autre par Madame Leina Benouniche (Chargée d’études) sur le Livre blanc de la transition énergétique dans lequel sont aussi détaillés les impacts du changement climatique et les efforts de lutte engagés en Algérie.

Deux experts internationaux du PNUD ont également présenté les principales expériences et bonnes pratiques internationales de l’Organisation dans le domaine de la transition énergétique et l’investissement dans les énergies renouvelables. M. Marcel Alers (Directeur de l’Energie, PNUD Global) a présenté l’offre de soutien développée par le PNUD s’intitulant « Climate Promise » qui bénéficie à 115 pays, mais également des exemples de plusieurs pays ayant bénéficié de l’accompagnement du PNUD et dont les projets sont applicables en Algérie. L’expert a cité la Trinité et Tobago, pour la transformation du marché de la climatisation et réfrigération par l’adoption d’un système commun basé sur des technologies à bas carbone ; le Soudan, à travers l’introduction du pompage de l’eau par énergie solaire dans le domaine de l’agriculture, mais aussi l’Egypte et l’Uruguay pour créer un environnement législatif et institutionnel favorable dans l’efficacité énergétique, le transport durable ou l’installation de fermes éoliennes. Pour sa part, M. Zhang Weidong, (Chef d’équipe, PNUD Chine) a présenté l’expérience du PNUD en Chine dans le développement de l’hydrogène vert et les opportunités qui peuvent s’offrir à l’Algérie dans ce domaine.

Cette conférence a aussi été l’occasion d’un échange de point de vue et de débats entre une diversité de praticiens du domaine réunis dans deux panels de discussion. Le premier était consacré au développement des énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, autre thématique centrale de la conférence, où ont été abordé les aspects de planification, de législation et d’investissement. Le second panel a eu trait à l’innovation, à la technologie et la création de richesses dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

Enfin, cet évènement a surtout permis à une diversité d’acteurs de réfléchir ensemble à des recommandations pour des actions concrètes en vue d’accélérer la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables. En effet, quatre ateliers se sont tenus pour discuter des des conditions à mettre en place pour la promotion des énergies renouvelables à travers l’autoconsommation et les installations de grandes puissances (atelier 1), des mécanismes de promotion de l’efficacité énergétique (atelier 2), de l’amélioration de la recherche et développement, de l’innovation et de la formation dans les énergies renouvelables (atelier 3), et de la promotion de la responsabilité sociétale (atelier 4).

Tous les travaux de la conférence seront consolidés dans un rapport en cours d’élaboration par Dr. Nachida Kasbadji, experte en énergie renouvelable, en attendant la réalisation d’un document qui articulera les principales recommandations de la Conférence selon les thématiques suivantes : Législation, Formation, Financement, Technologie, Partenariat, Communication.

Ce document synthétique devrait matérialiser cette réflexion collective et se voudrait être un produit de connaissance contenant des recommandations pratiques à l’usage de la diversité des acteurs concernés tels que le Gouvernement, le secteur académique, le société civile, le secteur public, le secteur privé, l’écosystème de l’innovation sans oublier le PNUD lui-même.

L’espoir est surtout de traduire toute cette intelligence collective actionnée durant la conférence en synergies d’actions et en solutions à la fois innovantes et réalisables pour l’accélération de la transition énergétique du pays.

 

 

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