Allocution de Mme Amaral, Coordonnatrice Résidente du système des nations Unies en Algérie- Conference Internationale sur la participation effective et durable des femmes dans les assemblées élues

10 déc. 2013

Excellence Monsieur Ould Khelifa, Président de l’Assemblée Populaire Nationale
Mesdames les Vices Présidentes
Monsieur le Ministre des Relations avec le Parlement
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Membres des Missions Diplomatiques
Excellences Mesdames et Messieurs les Représentants du Ministres des Affaires Etrangères
Honorables Parlementaires
Femmes Leader
Experts et Leaders Internationaux de par le monde.
Distingués Invités
Mesdames et Messieurs

Je voudrais tout d’abord remercier le Parlement d’accueillir cette importante rencontre internationale, de grande envergure, afin d’apprendre, d’échanger nos points vue, nos expériences et nos défis, pour, qu’à la fin, nous partagions nos rêves communs pour une meilleure représentativité de la femme au niveau mondial. Le PNUD est très honoré d’être associé à cet important évènement organisé conjointement avec ONU FEMMES et le Ministère des Affaires Etrangères. Au nom des Nations Unies en Algérie, je voudrais exprimer notre fort engagement à continuer à travailler avec le Parlement et le Gouvernement pour la promotion de l’égalité des genres.


Cette conférence est la seconde organisée par le Parlement Algérien et le PNUD sur le thème de la participation politique des femmes. La première avait eu lieu en 2007. La conférence d’aujourd’hui intervient à un moment où l’Algérie a accompli un progrès considérable depuis 2007 dans le domaine de la représentation des femmes.
La Conférence coïncide avec la Journée des Droits de l’Homme. Cette journée nous fait rappeler que les droits fondamentaux civils et politiques en particulier le droit à la vie, ainsi que ceux des femmes, sont au cœur de « la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme », principe fondamental de l’existence de l’Organisation des Nations Unies et point de référence pour les Nations du monde entier. La Journée des Droits de l’Homme marque l’anniversaire de l’adoption par l’Assemblée Générale de la Déclaration Universelle de Droits de l’Homme. L’observation de cette journée marque aussi la 20ème année depuis la démarche audacieuse que les Etats Membres ont prise afin de rendre le Droit une réalité pour tous : par l’Adoption, lors de la Conférence sur les Droits de l’Homme, de la Déclaration et le Programme d’Action de Vienne.


C’est avec une grande tristesse que je rends hommage à un des symboles phares des Droits de l’Homme de notre époque : Nelson Mandela, sa mort, a plongé le monde dans un profond chagrin. Mais son engagement inébranlable, tout au long de sa vie, pour la dignité humaine, l’égalité, la justice et la compassion restera gravé dans nos mémoires nous inspirant pour la construction d’un monde juste pour tous.
Faisons en sorte que l’héritage spirituel de Madiba nous inspire pendant ces deux jours.


Cette conférence s’inscrit sous le signe de la durabilité et de l’effectivité, et représente une opportunité historique pour nous tous de se doter collectivement d’outils et de concrétiser un plan d’action permettant le suivi des réalisations effectives du droit des femmes pour une représentativité équitable dans les assemblées élues.


Il y a des années, les femmes du monde entier annonçaient une nouvelle vague pour l’égalité des femmes, chacune avec un message personnel ou symbolique qui représentait la voix des autres. Ce moment était une lueur d’espoir pour des millions de femmes qui subissaient l’injustice, la discrimination et l’inégalité. Mais aujourd’hui, regardons-nous en face et regardons la réalité du terrain et demandons-nous : Est-ce que nous avons travaillé assez sur le chemin qui mène de l’idéalisation vers la responsabilisation ? Avons-nous été capables de reconnaitre que la femme est la force manquante derrière tout développement ? un élément central pour la paix et la transition démocratique ? Le vrai signe de développement d’une nation ? Je vous laisse méditer sur ces questions et y revenir lors des débats.
Au jour d’aujourd’hui, la femme continue à réclamer ses droits latents ou partiellement réalisés par tous les moyens possibles. Les femmes sont présentes dans la rue, dans les médias traditionnels et utilisent même les médias sociaux pour relayer leur message, non seulement aux personnes de leur propre pays mais aussi à leurs voisins et homologues à travers le monde. Elles insistent à être là…..Et à dire que leur présence n’est pas seulement une formalité mais qu’elles comptent et qu’elles peuvent changer le monde.
Malgré leur présence forte et active comme électrices, candidates, partisanes, observatrices, volontaires ainsi que dans d’autres domaines où la femme joue un rôle durant les élections, leur participation reste limitée. Comme les facteurs limitant, les facteurs porteurs mériteraient d respectivement traitées et soutenues. Dans les élections parlementaires suivant le système de tête de listes des parties, par exemple, rarement une femme arrive en tête d’un parti, sans compter tous les autres défis auxquels une femme doit faire face en tant qu’individu ou candidate indépendante. Le défi peut être attribué au schéma du système électoral, institutionnel, ou au système de manière plus large, en somme tout ce qui n’amène pas une femme à exercer son droit totale comme citoyenne, et ce sont sur ces questions que nous allons réfléchir aujourd’hui.

La moyenne mondiale de la représentation de la femme au Parlement est de 21.3 % selon les statistiques de l’Union Parlementaire Internationale de 2013. La femme est loin derrière dans la représentation politique dans la plupart des régions du monde. Des dizaines d’expériences d’avancement dans la participation publique et politique des femmes dans le monde ont démontré les possibilités effectives qu’une femme a pour ne plus être considérée comme une ressource non exploitable pour le leadership. Toutefois la moyenne mondiale est loin d’atteindre les 30% de la masse critique proposée par la Plateforme de Beijing en 1995.


Seuls 32 pays (17 %) ont plus de 30 à 40% de femmes au parlement, 156 pays ( 83 %) ont moins de 30% et seulement deux pays à travers le monde ont plus de 50% de femmes au Parlement ( Le Rwanda et l’Andorre ) . 26 des 32 pays qui ont entre 30 et 40% de représentation de femme, utilisent des systèmes de quotas et d’autres formes d'action positive ou de mesure temporaire spéciale (11 avec quota de candidat volontaire par les parties , dont 3 avec sièges réservés et 12 avec des quotas inscrits dans la loi). Le leadership des femmes dans toutes les sphères de leur vie publique dans leur participation politique ont besoin d’un appui réel de la part des partenaires nationaux, d’une solidarité parmi les groupes de femmes, d’un changement de mentalité au niveau de la société. Les Mesures Temporaires Spéciales et les Mesures Antidiscriminatoire pour accroître la participation des femmes aussi bien élus ou participant aux décisions dans les institutions publiques est une stratégie qui a donné des résultats prometteurs dans les États arabes et dans le monde entier.
Après plusieurs années de militantisme continu par les groupes de défense des droits des femmes, la loi électorale en l'Algérie a instauré des quotas parlementaires de 20 à 50 % pour les femmes en fonction de la taille de la circonscription.
Les femmes représentent 53 % de la population, 45 % de magistrat et et occupent actuellement 31,6 % des sièges à l'Assemblée Populaire Nationale. Les statistiques placent l’Algérie au 26e rang selon la classification mondiale de l'Union Interparlementaire, devançant ainsi tous les autres pays arabes, devant la plus forte représentation dans la région arabe.
En coopération avec les institutions nationales, l'ONU en Algérie a travaillé et a plaidé pour une meilleure participation et représentation politique des femmes. A travers plusieurs projets, nous avons essayé de partager et de s’inspirer des bonnes pratiques de pays leader dans ce domaine par exemple en organisant un voyage d’étude en Norvège et a encouragé la création d'un forum des femmes parlementaires.

Un programme commun financé par le fonds de réalisation des objectif du millénaire en particulier l’OMD 3 (promotion de l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes) - appelé : AL- Insaf , a contribué aux efforts algériens afin d’intégrer le droit des femmes et leur autonomisation économique, sociale et politique à de meilleures pratiques politiques et publiques. Al Insaf a réuni plus de 12 ministères et sept agences des Nations Unies sur 3 ans avec des résultats très concrets : Un exemple de notre travail dans le domaine de l'autonomisation économique a été le soutien de femmes marginalisées, vivant avec le VIH / SIDA et leurs familles qui ont bénéficié de micro-crédits ANGEM et du savoir-faire sur la façon de démarrer une petite entreprise. Ces femmes ont maintenant des revenus stables, sont indépendantes financièrement et mieux intégrées socialement.


Le deuxième domaine d’intervention d’Al Insaf est la gestion et la diffusion des connaissances: plusieurs études ont été faites pour aider à l'adoption de politiques sensibles au genre. Nous sommes fiers de mentionner que la première enquête budget-temps, sensible au genre des ménages en Algérie, a été effectuée avec le soutien de l'ONU , aujourd'hui, les institutions disposent de données sur la façon dont les Algériens - hommes et femmes - passent leur temps et comment est dépensé leur budget . Cette enquête permet de comparer objectivement la vie des hommes et des femmes algériens et peut être aussi utilisée pour la conception de meilleures politiques. En outre, une base de données commune sur le genre a été créée pour centraliser les statistiques provenant de différents ministères algériens. Le Centre de documentation sur le genre récemment créé par le ministère de la Solidarité et de la Famille fera progresser ces activités. Nous avons aussi conduit des études et des campagnes de sensibilisation contre la violence à l’égard des femmes.


Le troisième domaine est la communication : des journalistes ont été formés sur leur rôle dans la formation de l’opinion publique sur l'image des femmes et comment l’améliorer à travers les médias et éviter les stéréotypes.
Un autre axe central des programmes des Nations Unies et lié à la création d’emploi durable, ciblant en particulier les jeunes femmes, n’oublions pas que dans une période de crise économique mondiale grave comme celle que nous traversons encore ce sont les femmes qui payent le lourd tribut.


Le partenariat entre l'ONU et le Parlement a mis l'accent sur le renforcement des capacités des parlementaires, y compris les femmes nouvellement élues sur divers sujets d’analyse et de rédaction législative mais aussi en finances publiques et comment interagir et communiquer avec les médias et le grand public .
Le travail de l'ONU en Algérie fait partie d’une des priorités de tout le système des Nations Unies afin de contribuer à la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire, sachant que la réalisation de la parité du genre doit être accélérée d’ici à 2015.


L'ONU dans le monde entier a souligné Quatre bonnes pratiques clés pour une participation politique effective des femmes et visent à faire à la fois des élections locales et nationales libres et équitables pour les femmes ; Appuyer les organisations féminines de la société civile pour faire avancer les intérêts des femmes , Renforcer la responsabilité pour les droits des femmes dans les institutions publiques, appuyer les femmes leaders en politiques à élargir leur influence . De plus, le rôle des femmes dans le processus démocratique est soulignée dans la résolution de l'Assemblée générale de 2011 sur la participation politique des femmes ( A/RES/66/130 ) , qui réaffirme « que la participation active des femmes , sur un pied d'égalité avec les hommes, à tous les niveaux de prise de décision, est essentielle à la réalisation de l'égalité , le développement durable , la paix et la démocratie ".


Permettez-moi de conclure en remerciant tous les conférenciers , modérateurs et experts qui ont fait tout ce chemin pour partager avec nous leur inestimable expérience sur les différents sujets que nous allons étudier ensemble . Je vous souhaite du courage et j'espère que le dialogue et les échanges continueront d'inspirer d'autres femmes qui viendront après nous.


Comme un arbre plonge ces racines dans la terre pour se nourrir, du sol et de l’eau, cette conférence a l’opportunité de se nourrir du savoir collectif présent dans cette salle et proposer une déclaration historique qui soit ancrée dans les idées, les histoires à succès mais aussi les leçons apprises avec des échecs pour que notre réflexion collective s’inscrive dans la recherche de la durabilité et efficacité de l’action des femmes dans les assembles élues.


Je voudrais clôturer mon discours avec quelques mots de Nelson Mandela qui disait que « Les choses semblent impossibles jusqu’à ce qu’on y arrive »

Merci.

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