Coopération Sud Sud : L’Expérience Algérienne en matière de prise en charge et de réinsertion sociale des détenus.

11 avr. 2017

Illustrer concrètement l’expérience algérienne en matière de réinsertion sociale des détenus à travers l’exposition de son expertise aux pays de la rive sud était l’objectif du « Programme d’Échange  International sur les Pratiques Régionales de prise en charge et de Réinsertion Sociale des Détenus » qui a eu lieu du 11 au 13 avril 2017 à Alger.

Des délégations de cadres du Liban, Mali, Niger, Tchad, et Tunisie dans le domaine de l’administration pénitentiaire et des experts du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont pris part à cet important séminaire organisé par le Ministère de la Justice, à travers sa Direction Générale de l’Administration Pénitentiaire et de Réinsertion, et le PNUD. La cérémonie d’ouverture de ce séminaire international qui s’est tenue le 11 avril, a vu la présence de Son Excellence l’Ambassadeur de Grande Bretagne, Monsieur  Andrew Noble, son Excellence l’Ambassadeur du Liban Monsieur Ghassan Moallem ainsi que d’autres représentants du corps diplomatique, des cadres des départements partenaires tel que le Ministère des Affaires Etrangères ou le Ministère de la jeunesse et des sports, des partenaires de la société civile et des organisations internationales.

L’Algérie a enregistré des résultats très probants dans le domaine de la réinsertion sociale des détenus entrant dans le cadre de la réforme du secteur de la justice lancée en 1999. Comme l’a affirmé Monsieur Mokhtar Felioune, Directeur Général de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion, lors de la lecture du discours du Ministre de la Justice, Garde des sceaux : « l’expérience algérienne, inscrite dans le cadre d’un programme d’appui du PNUD a donné des résultats positifs dans la réinsertion sociale des détenus et dans le domaine de la protection des droits de l’homme ». Il a également souligné que « 42 433 prisonniers se sont inscrits durant l’année en cours pour poursuivre leurs études dans différents cycles, dont 34037 pour l’enseignement à distance, 1150 dans l’enseignement supérieur et 7246 dans des classes d’alphabétisation, alors que 7504 prisonniers libérés ont été réinsérés dans différents programmes dont disposent les agences d’emplois. Pour 2017, 3400 candidats se présenteront au baccalauréat et plus de 7000 candidats au BEM ».

Pour sa part, Monsieur Eric Overvest, Représentant résident du PNUD en Algérie, a qualifié l’expérience algérienne dans la prise en charge des détenus pendant et après leur incarcération : « de grande avancée et d’une bonne pratique à exporter ». Il a rappelé que « le partenariat du PNUD avec le Ministère de la Justice et la Direction de l’Administration Pénitentiaire et la Réinsertion dans ce domaine date de 2003. « Pendant toutes ces années, nous avons développé des expériences innovantes et intéressantes par rapport aux différents programmes de prise en charge individuelle des détenus en les dispensant selon une catégorisation spécifique : mineurs, femmes, toxicomanes, récidivistes et violents. Nous avons également mis en place des programmes de suivi, d’orientation et d’évaluation répandus aujourd’hui au niveau de vingt-huit (28)  établissements pénitentiaires. Enfin l’implication de la société civile dans les différents programmes de réinsertion pendant et après l’incarcération a été une priorité ». Avant d’ajouter « la preuve de cette réussite est que de nombreux détenus ont suivi ces programmes et ont réussi au bac et au BEM et la plupart d’entre eux n’ont pas récidivé : 1770 bacheliers ont été enregistrés pour la session de juin 2016 contre 86 en 2003 et les lauréats au BEM ont augmenté à 4917 en 2016 contre 62 en 2003 ».

Ce projet constitue toujours selon M. Eric Overvest un jalon fructueux au programme de coopération Sud-Sud dans le domaine de la consolidation de l’Etat de droit dans lequel s’inscrit la coopération entre le PNUD et le Ministère de la Justice. L’objectif étant de valoriser les différentes expériences notamment celle de l’Algérie afin de favoriser ce type d’échanges  et d’appuyer ainsi d’autres pays qui sont intéressés par cette démarche.

Monsieur Felioune a estimé que grâce à ce bilan positif, le PNUD a pu partager l’expérience algérienne comme un exemple à suivre pour les pays qui s’attèlent à améliorer les conditions de ses établissements pénitentiaires dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Il faut savoir que l’engagement du PNUD dans le domaine de la réforme pénitentiaire selon l’expert du PNUD, contribue à des objectifs clés impactant directement sur les prisons. Les principales actions d’accompagnement étant le renforcement des capacités du personnel pénitentiaire en matière de droit de l’homme et de gestion d’établissement carcéral. L’expert a souligné par ailleurs que le PNUD a toujours préconisé la prise en charge du détenu tout au long des phases auxquelles était confronté ce dernier, à savoir : la phase pré-carcérale, la phase carcérale et la phase post carcérale.

Des présentations sur les réalisations de la réforme pénitentiaire en Algérie ont été animées par des représentants du Ministère de la Justice. De plus, des communications du Mali, du Niger, de la Tunisie, du Tchad et de Mauritanie ont été présentées sur leurs expériences respectives.

Des visites ont été également organisées lors du deuxième jour avec les différentes délégations  de l’établissement pénitentiaire de Koléa ainsi que l’Ecole de formation de l’Administration Pénitentiaire. Le troisième jour a été l’occasion de visiter le Service Extérieur de l’établissement pénitentiaire de Blida

Les principales recommandations retenues lors de ce séminaire sont les suivantes :

- renforcer et pérenniser la collaboration Sud-Sud à travers l’établissement d’une coopération institutionnelle entre les pays participants afin de tirer profit des meilleures expériences en matière de prise en charge et de réinsertion sociale des détenus.

- Privilégier les peines alternatives et mettre fin au recours abusifs aux peines d’emprisonnement.

- Adopter un mode de gestion commun des établissements pénitentiaires, priorisant les exigences liées au respect des droits de l’homme et à la sécurité.

- Se conformer aux règles minimas dans le traitement des détenus (Règles de Nelson Mandela, Règles de Bangkok relatives au traitement des femmes détenues, Règles des Nations Unies relatives au traitement des mineurs privés de liberté) en priorisant le droit au traitement humanitaire, le droit au maintien du contact avec le monde extérieur, le droit à la prise en charge médicale, le droit au travail et à la réhabilitation professionnelle. Le respect de ces droits garantira d’une part la stabilité psychologique du détenu, et d’autre part sa stabilité socio-économique pour la meilleure réinsertion.

- améliorer et humaniser les conditions de détention et renforcer les capacités des fonctionnaires exerçant dans le domaine pénitentiaire à travers des sessions de formations axées sur la thématique des droits de l’homme.

- introduire des normes spécifiques au traitement et à la gestion des femmes détenues qui garantissent leurs droits conformément aux règles de Bangkok.

- favoriser l’intérêt des enfants en conflit avec la loi et encourager les meilleurs pratiques en matière de renforcement des droits des enfants détenus et adopter une politique et des mesures en faveur de l’enfant afin de protéger ce dernier de la criminalité et de la délinquance.

- renforcer le rôle de la société civile dans l’application des programmes de réinsertion et d’accompagnement des détenus après leur libération.

Pour rappel, ce programme d’échanges s’inscrit dans le cadre du deuxième partenariat entre le PNUD et le Ministère de la Justice signé en 2013, et portant sur le projet « Appui à réinsertion sociale des détenus ». La première phase du projet étant de 2003 à 2007. L’’actuelle phase consiste à : poursuivre l’extension et l’adaptation des services d’évaluation et d’orientation des détenus ; l’élaboration de programmes adaptés pour la prise en charge individuelle des détenus ; l’implication avancée de la société civile dans le processus de réinsertion intra et post carcéral des détenus et l’échanges Sud-Sud des meilleures pratiques.

 

 

 

 

 

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